Centre d'Archives Régionales Séminaire de Nicolet

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1903 : LE GRAND INCENDIE DE MANSEAUEn cet été 2026, catastrophique pour les feux de forêt au Canada et en Europe, voici ...
08/05/2026

1903 : LE GRAND INCENDIE DE MANSEAU
En cet été 2026, catastrophique pour les feux de forêt au Canada et en Europe, voici un petit rappel historique d’un incendie dévastateur qui a ravagé la région de Manseau en 1903.
L’histoire de Manseau se confond avec celle du canton de Blanford, érigé en 1823. Cette année-là, le gouvernement cède 222 lots à des miliciens de Gentilly et de Saint-Pierre-les-Becquets. Ces lots constituent l’essentiel du territoire actuel de Manseau et ses paroisses limitrophes. Les miliciens n’occuperont jamais ces lots, préférant les vendre pour la coupe de bois beaucoup plus rentable. Le véritable peuplement du territoire, lui, débute avec l’avènement du chemin de fer, à la fin du 19e siècle.

Le malheur frappe la région dès les premiers balbutiements du 20e siècle, alors qu’une série d’incendies consume, en mai 1903, une grande partie du territoire le long de la voie ferrée du canton de Blandford. Moose Park (nom que portait Manseau à l’époque) est menacé. Un train spécial transportant une trentaine d’hommes est envoyé en renfort pour combattre les incendies. Peine perdue, la densité de la fumée est telle qu’on doit se limiter à sauver les meubles et les effets personnels, tandis que les flammes consument résidences et bâtiments. Au mois d’août de la même année, un feu d’abattis incontrôlable en provenance de Sainte-Sophie-de-Lévrard détruit la gare, le moulin à scie, l’école, la chapelle des draveurs et presque toutes les autres bâtisses.

Suite à l’incendie de 1903, des colons commencent à s'établir autour du village, attirés par de modestes subventions du Ministère de l'Agriculture et de la Colonisation. Lentement, Moose Park renaît de ses cendres. Certains résidents chassés en 1903 choisissent de revenir s’établir à nouveau dans la région. Fin 1904, Moose Park compte déjà 225 âmes réparties en 45 familles. Comme la mission avait été complètement abandonnée un an auparavant suite aux incendies, le redressement est spectaculaire et ce n'est qu'une question de temps avant qu'une paroisse ne soit constituée officiellement à cet endroit.

C’est le 16 mai 1905 qu’est émis le décret d’érection canonique de la paroisse Saint-Joseph-de-Blandford et l’abbé Martial Manseau en devient le premier curé. Suite au détachement de cette paroisse en 1922, un nouveau nom s’impose. On hésite entre Manseau, en hommage au premier curé et Albertville, en honneur d’Albert Daigle représentant de la compagnie forestière Price Brothers qui développa la région. Les opinions divergent. Albert Daigle soutient que si la Price Brothers n’avait pas ouvert ces terres à la colonisation, il n’y aurait ni village, ni paroisse. D’autre part, le député fédéral Jacques Bureau, qui connaît bien l’abbé Martial Manseau, intervient en faveur de ce dernier auprès des autorités responsables des chemins de fer. Suite à sa recommandation, la décision est prise, la gare de même que le futur village porteront désormais le nom de Manseau.

Depuis quelques années, la municipalité de Manseau est reconnue pour sa production de canneberges. L’un des plus importants transformateurs au Canada de ce petit fruit, « Canneberges Atoka », y exploite cinq lignes de transformation, trois unités de congélation et un laboratoire.

Texte : Serge Rousseau. CAR-Séminaire de Nicolet
Photos : La rue Saint-Albert vers 1950, Rumsey and Co.Ltd. La cour à bois de la compagnie Savoie et Frères vers 1950, Rumsey and Co. Ltd
Références : Fonds Antonio Parenteau F192-P7-87

TORNADE  À SAINT-BONAVENTURE ET QUELQUES CONSIGNES CIVILES OU RELIGIEUSES DES ANNÉES 50Il y a 51 ans, le 24 juillet 1975...
07/24/2026

TORNADE À SAINT-BONAVENTURE ET QUELQUES CONSIGNES CIVILES OU RELIGIEUSES DES ANNÉES 50
Il y a 51 ans, le 24 juillet 1975, une tornade soufflant à plus de 300 km/h dévaste le village de Saint-Bonaventure. En plus de détruire une centaine de maisons et bâtiments, de même que l’église et le presbytère, cette catastrophe naturelle entraîne le décès de quatre citoyens. Le lendemain de la catastrophe la désolation règne dans le village en ruines. Des habitants errent parmi les décombres. Le pessimisme prévaut. La municipalité de Saint-Bonaventure survivra-t-elle à cette tragédie? Les villageois ne se laissent pas abattre. À peine trois ans plus t**d, soit en 1977, l’église est reconstruite et la paroisse, dont l’érection canonique date du 28 février 1856, renaît peu à peu.

Poussant plus en profondeur nos recherches à même le fonds de la fabrique de Saint-Bonaventure, on tombe sur une consigne gouvernementale, datant des années 50, proposant des solutions aux problèmes d’hygiène rurale persistants dans nos campagnes. On peut aussi y consulter deux brochures de Mgr Albertus Martin émises à la même époque, l’une indiquant aux fidèles les nouvelles recommandations diocésaines sur le jeûne, la seconde se voulant d’avantage une réflexion sur le devoir du chrétien à l’approche d'un scrutin provincial.

Du côté du gouvernement, le ministère de la santé du Québec fait circuler dans les municipalités un fascicule visant à réduire les problèmes d’insalubrité sévissant dans nos campagnes. Ce document d’une vingtaine de pages rend compte, entre autres, des problèmes de mauvaise gestion des « déchets humains » et préconise leur enfouissement. Il recommande aussi la désinfection des puits, de même que l’installation de puisards ou de fosses septiques.

Les autorités religieuses ne demeurent pas en reste. Le 5 février 1952, l’évêque de Nicolet distribue dans toutes les paroisses de son diocèse la brochure intitulée : «Nouveaux règlements du jeûne et de l’abstinence ». Il est énoncé dans ce document que tous les fidèles à partir de sept ans sont tenus aux lois de l’abstinence. À propos du jeûne, tous les fidèles de 21 à 59 ans doivent faire quotidiennement carême, sauf le dimanche. Les jours de jeûne un seul repas complet est autorisé. On y précise, par ailleurs, que la loi du jeûne « n’oblige personne dont la santé devrait être sérieusement affectée. En cas de doute on consultera un curé ou son confesseur ». Une autre missive de Mgr Martin est émise à la veille d’ une élection provinciale. Dans celle-ci, il tient à rappeler à tous que «c’est un devoir de citoyen très important de voter. » Mais ce choix doit être éclairé et critique. L’évêque propose alors quelques critères de discernement évangélique qu’un chrétien devrait considérer lors de l’évaluation de son vote : « manifester une solidarité réelle envers les pauvres, ne pas associer un parti aux forces du mal et manifester une volonté ferme de justice, de paix, d’amour et de liberté ».

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet

Photos : Église de Saint-Bonaventure et le village au lendemain de la tornade.

Références: Fonds Fabrique Saint-Bonenvature F352/A7/10/11/12

☀ VACANCES AU CENTRE D’ARCHIVES ☀Chère communauté,Veuillez prendre note que notre Centre d’archives sera fermé aux dates...
07/17/2026

☀ VACANCES AU CENTRE D’ARCHIVES ☀

Chère communauté,

Veuillez prendre note que notre Centre d’archives sera fermé aux dates suivantes :
- Vendredi le 31 juillet
- Vendredi le 7 août
- Vendredi le 14 août

Nous prendrons un repos bien mérité lors de ces trois journées. La ville de Nicolet étant si belle durant l’été (comme vous pouvez le constater grâce au tableau de l’abbé Maurault qui accompagne cette publication), nous serions fous de ne pas en profiter!

🖼 Thomas-Marie-Olivier Maurault, Vue de Nicolet, Île à la Fourche, 1881, papier et fusain, 58 x 73 cm, collection du séminaire, TA-[s.n.].

PEINTURES ÉPOUSTOUFLANTES – 4E PORTRAITPour la quatrième chronique des peintures époustouflantes, nous vous présentons d...
07/10/2026

PEINTURES ÉPOUSTOUFLANTES – 4E PORTRAIT

Pour la quatrième chronique des peintures époustouflantes, nous vous présentons deux « petits » tableaux – ils sont physiquement de petite taille ! –, mais qui exploitent l’un des « grands » sujets de la peinture au Québec au 19e siècle, soit les incendies.

La toile la plus connue qui représente une telle scène est sans contredit L’Incendie du quartier Saint-Jean à Québec de Joseph Légaré (1795-1855). Réalisé entre 1845 et 1848, le tableau de Légaré transpose en couleurs l’impact monumental qu’occasionna ce sinistre le 28 juin 1845. Légaré concevra deux autres tableaux de cet événement à partir de différents points de vue, cherchant à immortaliser cet incident sous plusieurs facettes. Légaré répètera l’exploit avec L'incendie du Parlement à Montréal (1849). Avis aux intéressés, il fut question de Légaré et d’une autre de ses œuvres, La Fête-Dieu à Nicolet, dans notre publication du 11 juin dernier.

Les deux petites toiles conservées au Séminaire de Nicolet, bien qu’elles rappellent l’œuvre de Légaré, lui sont pourtant antérieures. En effet, elles ont vraisemblablement été réalisées avant 1841. Si leur auteur demeure inconnu, leur chemin jusqu’au centre d’archives est documenté : elles ont été offertes par Jean Raimbault (1770-1841), premier supérieur du Séminaire de Nicolet, à Joseph-Onésime Leprohon (1789-1844), second supérieur de la même institution. Ce dernier les lèguera officiellement au Séminaire. Selon l’histoire orale du CAR, ces tableaux auraient été affichés longtemps dans… le fumoir des prêtres !
Événement grandiose tout autant que dévastateur, les incendies apparaissent comme un matériau intéressant pour le peintre. Le contraste des couleurs, les effets d’ombres, le jeu des proportions, le détail donné dans l’agitation de la foule : tout semble s’offrir en défi à l’adresse du pinceau. Sujet autrefois prisé par les peintres, les incendies continuent aujourd’hui de fasciner et d’être immortalisés, cette fois-ci à travers l’objectif de la caméra des photojournalistes qui capturent ce phénomène sous mille et une variations.

[Inconnu], [Incendie 1], avant 1841, huile sur carton, cadre de bois doré, 21 x 26 cm, collection du séminaire, TA-67.
[Inconnu], [Incendie 2], avant 1841, huile sur carton, cadre de bois doré, 21 x 26 cm, collection du séminaire, TA-68.

Texte: Marie-Hélène Nadeau

DIFFUSION DE MUSIQUE PAR TSF : UNE PREMIÈRE MONDIALE À NICOLET?Depuis l’invention du radioconducteur par Édouard Branly ...
07/05/2026

DIFFUSION DE MUSIQUE PAR TSF : UNE PREMIÈRE MONDIALE À NICOLET?
Depuis l’invention du radioconducteur par Édouard Branly en 1890, jusqu’aux expériences réussies de Marconi, la télécommunication sans-fil fascine les scientifiques du monde entier dès la fin du 19e siècle. Dans notre région, elle passionne tout particulièrement l’abbé Georges Désilets, professeur de physique au Séminaire de Nicolet. Ce pionnier de la télécommunication invente, dès 1912, un instrument capable de diffuser de la musique à distance.
L’abbé demeure constamment à l’affût de toutes les nouveautés dans ce domaine qui progresse rapidement. Il confectionne lui-même ses propres récepteurs et connaît très bien tous les rouages permettant la communication par le code morse en vigueur à l’époque. Fin observateur, l’amateur de musique en lui finit par déduire que les sons intermittents du code télégraphique peuvent éventuellement être transformés en notes de musique. Il entreprend alors de convertir un vieil harmonium en appareil émetteur susceptible de diffuser de la musique à distance.
Témoin des premiers pas de l’abbé Désilets dans ce domaine, Jean Narrache (Émile Coderre) confie son expérience dans un article de journal rédigé en 1939 : « … il se mit en train de transformer un vieil harmonium hors d’usage et d’en faire un instrument qui transmettrait de la véritable musique par sans-fil. Un jour, l’abbé nous chargea, Vincent et moi, de nous rendre sur le lac Saint-Pierre dans un yacht munie d’une antenne et d’un poste de télégraphie sans-fil. (…) Tout à coup, les premières notes très distinctes du cantique « Nearer my god to Thee » nous firent pousser un cri d’admiration. L’harmonium de l’abbé Désilets transmettait la musique sans-fil. (…) Chose amusante pour nous, mais qui le fût moins pour l’opérateur du sans-fil d’un steamer qui passait en ce moment au large du lac Saint-Pierre. Se rappelant que l’orchestre du Titanic avait joué ce cantique, il se crut le jouet d’une illusion et nous l’attendîmes télégraphier en toute hâte à Montréal et à la Pointe-au-Père pour demander si on avait entendu la même chose. Comme ces deux postes étaient à une trop grande distance, personne n’avait évidemment entendu la mystérieuse musique. Je me demande si le pauvre garçon n’eut pas perdu la tête si l’abbé ne s’était empressé de lui télégraphier lui-même pour lui expliquer l’expérience qu’il tentait de faire. » L’opérateur en question a-t-il jamais su qu’il venait probablement d’assister à l’une des premières diffusions mondiales de musique transmise par un appareil sans-fil?

Les démarches de l’abbé Désilets pour faire enregistrer officiellement son invention portent fruit. Les lettres patentes lui sont accordées de la part du gouvernement du Canada, de même que par celui des États-Unis. Mais les expériences du prêtre Nicolétain ne s’arrêtent pas là. En 1920, il obtient du ministère des affaires navales canadiennes une licence l’autorisant à exploiter une station de radio amateure durant la période hivernale, alors que la navigation sur le fleuve se trouve interrompue par les glaces. Il s’agit de la première radio francophone à diffuser au pays, devançant ainsi le poste CKAC qui entre en ondes seulement en 1923. La radio amateure 9-AB du Séminaire de Nicolet est doté d’une puissance lui permettant de diffuser ses programmes de musique hebdomadaires aussi loin que Drummondville, Saint-Hyacinthe et Grand-Mère. La qualité de sa programmation musicale, de même que la clarté de la diffusion lui méritent de nombreuses lettres de félicitations en provenance d’un peu partout à travers la province. L’abbé Désilets exploite son poste de radio jusqu’à la fin des années vingt. La prolifération des postes de radios commerciaux au fil des années marquant le déclin des stations amateures.

Étonnamment, les talents d’inventeur de l’abbé George Désilets semblent plus reconnus aux États-Unis que chez-lui. Plusieurs journaux et revues américaines, dont la célèbre « Wireless », lui consacrent des articles étoffés, alors que de ce côté-ci de la frontière les médias demeurent silencieux à son sujet.

L’abbé Désilets est le grand-oncle du célèbre photographe de presse Antoine Désilets, décédé en décembre 2019. Antoine Désilets, est le cadet d’une famille de dix enfants. À neuf ans, suite au décès de sa mère, il est placé à l’orphelinat de l’hôpital du Christ-Roi. Son grand-oncle entreprend alors de l’initier à la photographie. C’est donc à Nicolet, grâce aux enseignements de l’abbé Georges Désilets, que naît la vocation de celui qu’on qualifie de premier photographe de presse du Québec.

Texte: Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet
Référence : Fonds Georges Désilets F106 et Fonds Émile Coderre F196
Photos : Atelier de Georges Désilets, fonds Georges Désilets F106-F1-6-
Arrière de l’harmonium en 1916, F106-F1-6-3
Harmonium en 1916, CAR Séminaire de Nicolet

JOSEPH TRAVERSY DE SAINT-FRANÇOIS-DU-LAC : ESPION POUR LES REBELLES AMÉRICAINSLe nom de Joseph Traversy demeure l’un des...
06/28/2026

JOSEPH TRAVERSY DE SAINT-FRANÇOIS-DU-LAC : ESPION POUR LES REBELLES AMÉRICAINS
Le nom de Joseph Traversy demeure l’un des plus célèbre à Saint-François-du-Lac en rapport avec la Révolution américaine. La haine envers le conquérant britannique, de celui qu’on accuse d’espionnage au profit des Rebelles américains, prend probablement racine au moment du massacre d’Odanak, en 1759. (Voir texte précédent intitulé : « Le massacre d’Odanak ») Joseph Langlois dit Traversy naît le 23 février 1728 à Saint-François-du-Lac. Il devient alors l’héritier des terres ancestrales acquises par son père et son oncle qu’il parvient à faire fructifier. Ses descendants se souviennent surtout de leur ancêtre comme un ami des Abénakis, plus porté sur la guerre que la paysannerie et la famille, même s’il était marié et père de huit enfants. Suite à la Conquête, il tira le meilleur parti de ses relations avec les indigènes auprès des Américains chez qui il devra vivre en exil, dépossédé de ses biens et à la merci de la générosité du Congrès américain pour survivre.

En 1775, les Américains, désireux de s’affranchir de l’Angleterre, invitent les Canadiens à s’enrôler pour les aider à combattre la mère patrie, mais ces derniers refusent. Les colonies américaines décident alors d’envahir le Canada, pour empêcher l’Angleterre de les attaquer à revers. Saint-Jean, Montréal et Trois-Rivières tombent tour à tour aux mains des armées rebelles et sans la résistance de Québec, c’était la fin de la domination britannique. Joseph Langlois dit Traversy s’affiche alors fervent partisan des révolutionnaires auprès desquels il n’hésite pas à combattre activement. Sans preuves véritables, il fait emprisonner François-Xavier Crevier-Descheneaux et usurpe son titre de chef de la milice de Saint-François-du-Lac, afin de mieux servir les intérêts des Rebelles.

À partir du mois de mai 1776, les événements se précipitent. Des renforts arrivent d’Angleterre pour aider le général Carleton à repousser les armées rebelles et à reconquérir les parties du pays occupées par celles-ci. Après le retour au pouvoir des Britanniques, ces derniers ont recours à des milliers de soldats allemands qui occupent le territoire de Sorel jusqu’à Bécancour, en logeant les troupes chez l’habitant. Ceux que l’on considère, à tort ou à raison, partisans de la cause Américaine sont soumis aux travaux forcés par l’occupant. Trop compromis pour rester au pays, Joseph Traversy suit les Rebelles dans leur retraite et s’installe à Albany. À partir de l’état de New-York, il continue de travailler dans leur intérêt. Il fait passer des messages clandestins à ses alliés Abénakis opposés aux Anglais. Il ose aussi effectuer plusieurs voyages secrets au Canada pour entretenir la braise du soulèvement. On peut donc le qualifier d’agent secret au service du contre-espionnage de la cause américaine : « Il était parti d’Albany, le 9 juillet 1778. Il vint en canot par la rivière Saint-François, fit le portage jusqu’à la rivière Nicolet et arriva à la brunante au Pays-Brûlé. Aussi, il fut vu, le 13 août vers 11 heures du matin, dans le bois avoisinant la maison de l’interprète Bélisle. Il était armé de trois pistolets, d’un gros fusil court et d’un sabre. La sœur de Bélisle le rencontra en allant ramasser des mûres. Il lui posa plusieurs questions au sujet de son frère : s’il était à la maison, s’il n’était pas allé en découverte récemment et n’avait pas fait cinq prisonniers, ajoutant qu’il aurait grand plaisir à le voir. Il lui exprima le désir de ne pas faire savoir qu’elle l’avait vu et reparti en disant (en mentant) qu’il se dirigeait vers Yamaska. » Suite aux nombreux passages clandestins de Traversy au pays, le général Haldimand, dans une lettre adressée au secrétaire d’état pour les colonies, lord Germaine, souligne qu’il y a beaucoup de mauvais sujets à Saint-François-du-Lac et du côté de Nicolet; car, si Traversy parvient à échapper à la vigilance des autorités, c’est qu’il bénéficie d’un grand capital de sympathie auprès de la population en général.

La paix revenue, le roi d’Angleterre permet la réhabilitation des partisans de la cause Américaine à condition que ces derniers acceptent de lui prêter serment. Malgré les risques de représailles, la majorité d’entre eux rentre au pays. Joseph Traversy, lui, choisit l’exil. Dans une missive datée de janvier 1780, il remercie George Washington de l’attention portée par les troupes américaines envers la population de Saint-François-du-Lac et ses alliés Abénakis, en particulier. Il s’agit probablement d’une opération de charme afin de réclamer une terre pour lui-même dans les environs d’Albany sur le lac Champlain. Pendant ce temps, sa femme, demeurée au pays, se démène pour faire vivre ses enfants (elle doit même se départir de la majorité de ses terres), soumise à l’incessant harcèlement des Anglais toujours à la recherche de son époux. L’une de leurs filles, Charlotte, ira rejoindre plus t**d son père à Albany où elle épousera Charles-Nathaniel Douglas, en 1795. Anecdote démontrant l’anathème sous lequel se retrouve le nom de Traversy à l’époque : le jeune couple en visite à Saint-François-du-Lac, soupçonné de trahison, sera arrêté et détenu un temps à la prison de Trois-Rivières, avant d’être relâché par manque de preuve. Joseph Langlois dit Traversy meurt en exil et sa dépouille mortelle repose désormais dans l’état de New-York au cimetière d’Albany.

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet

Références : Bulletin des Langlois d’Amérique no. 28, pages 12 à 14. Histoire de Saint-François-du-Lac, Thomas-Marie Charland, 1942. Noël Langlois Traversy descendance, Louise Deschenaux Cardin, 2008.

Photo : Notre-Dame-de-Pierreville, vue aérienne F473-12

LE MASSACRE D’ODANAKC’est vers 1700 que l’épouse du défunt seigneur Crevier, Marguerite Hertel et son fils Joseph, cèden...
06/25/2026

LE MASSACRE D’ODANAK
C’est vers 1700 que l’épouse du défunt seigneur Crevier, Marguerite Hertel et son fils Joseph, cèdent une partie de leurs terres aux Abénakis pour l’établissement d’une colonie autochtone dans le secteur de Saint-François-du-Lac. La mission d’Odanak voit alors le jour. Les Abénakis, qui fréquentent la rivière Saint-François depuis longtemps déjà, occupent un vaste territoire. Celui-ci s’étend du lac Champlain jusqu’en Acadie, en incluant aussi une bonne partie de la Nouvelle-Angleterre. Les nombreux conflits avec leurs ennemis naturels, et alliés des Anglais, les Iroquois, obligent les Abénakis à de fréquents déplacements.

Les premières traces d’établissement autochtones dans le secteur de Saint-François-du-Lac remontent aux environs de 1660. Amis des Français, les Abénakis secondent ces derniers dans leur guerre contre les troupes anglaises. Ce peuple de valeureux guerriers est redouté par ses adversaires. Leur établissement à proximité de Saint-François-du-Lac assure une certaine sécurité à la jeune colonie. Un astucieux stratagème de petits campements érigés le long de la rivière Saint-François permet de surveiller et de prévenir les habitants d’Odanak, en cas d’incursions ennemies.

Cela n’empêche toutefois pas le massacre de 1759. L’emprisonnement de deux messagers envoyés par le général Amherst, afin de demander aux Abénakis de demeurer neutre dans le conflit opposant les Anglais aux Français, serait à l’origine de l’expédition punitive du major Rogers sur Odanak. Les ordres du général anglais sont des plus claires : « Prenez votre revanche, sans oublier que ces scélérats ont assassiné sans égard des femmes et enfants de tout âge. » En cheminant par les bois plutôt que par la rivière. Rogers et ses hommes parviennent à tromper la vigilance des Abénakis. Le 4 octobre 1759, à l’aube, les Anglais surprennent les villageois dans leur sommeil. Ils enflamment les habitations et massacrent les gens. Le bilan des morts s’élève à une vingtaine de femmes et d’enfants - pour la plupart, brûlés dans leurs propres maisons en tentant de s’y cacher - et une dizaine d’hommes. On estime que les Anglais font aussi une trentaine de prisonniers, dont quelques femmes et enfants.

La riposte Française et Abénakise s’organise aussitôt. Des expéditions sont lancées aux trousses de la troupe de Rogers qui, entre temps, commet l’erreur de se diviser en petits groupes. Leur fuite à travers bois est décrite comme un véritable calvaire, les soldats devant progresser à travers d’immenses marécages infestés de moustiques. Le gibier fuit devant ces soldats en cavale qui, par crainte de révéler leur présence, ne peuvent même pas faire de feu pour se nourrir ou se préserver de la fraîcheur des nuits automnales. Plusieurs d’entre eux meurent d’épuisement, sont tués par leurs poursuivants ou encore faits prisonniers. De retour auprès d’Amherst, Rogers, afin de justifier la perte d’un grand nombre de ses soldats au cours de cette expédition, prétendra que son incursion punitive à Odanak aura fait aux alentours de 200 victimes. Le véritable bilan s’avère néanmoins tragique. Le village d’Odanak doit être reconstruit. De même que la chapelle, érigée en 1688, qui est rasée par les flammes et dont la perte demeure inestimable.

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet
Références : Collection Paroisses-Odanak, C076/P2/8
Photo : La quatrième chapelle d’Odanak. Dessin de J. Obomsawin accompagné, au verso, d’un hommage témoignant du profond attachement du peuple Abénaki envers la religion catholique. Ferveur qui ne se dément pas au fil des années malgré les épreuves et les incendies qui détruisent les trois premières chapelles.

1925 : UNE SAINT-JEAN-BAPTISTE HISTORIQUE À NICOLETLa Saint-Jean-Baptiste, célébrée le 24 juin de chaque année en hommag...
06/21/2026

1925 : UNE SAINT-JEAN-BAPTISTE HISTORIQUE À NICOLET
La Saint-Jean-Baptiste, célébrée le 24 juin de chaque année en hommage au saint patron des Canadiens Français, devient officiellement la fête nationale des Québécois, en 1977. Si les célébrations actuelles soulignent avec moins d’ostentation l’aspect religieux de la fête, les traditions, elles, se perpétuent pour la plupart. Qu’il s’agisse du célèbre feu de joie autour duquel l’on se réunit pour festoyer, le pavoisement des édifices, ou l’incontournable défilé des chars allégoriques.

Parmi les nombreuses fêtes de la Saint-Jean célébrées à Nicolet depuis le 19e siècle, celle de 1925 marque particulièrement les esprits. On la qualifie même à l’époque de triomphe. Les célébrations débutent la veille par une allégorie relatant l’arrivée de Jean Nicolet en canoë, accompagné d’un missionnaire, deux chefs Abénakis et leur famille, de même que quelques figurants costumés en coureurs des bois. Ces personnages débarquent en face de la cathédrale sous les applaudissements de la foule et au son de la fanfare. Jean Nicolet, les chefs Obomsawin et Capino, accompagnés de quelques dignitaires, adressent alors la parole à la foule réunie sur les berges de la rivière, avant d’aller saluer l’évêque de Nicolet.

La journée du lendemain débute par une messe pontificale officiée par Mgr Brunault à laquelle assistent les deux chefs Abénakis et leurs épouses. Cet office est suivi du défilé de la Saint-Jean qui compte plus de 60 chars allégoriques qu’on dit « d’un goût exquis ». La journée se poursuit en amusements variés et se termine en soirée par une série de discours de la part de dignitaires devant l’hôtel de ville.
On estime à plus de 10 000 le nombre de visiteurs venus de l’extérieur pour assister à cette fête. Soucieuse de souligner ce succès, la société Saint-Jean-Baptiste, sur l’initiative du frère Dominique, érige une croix souvenir sur le site des deux premières églises de Nicolet. Ce monument est illuminé tous les soirs pendant des années, sauf durant la période de la seconde guerre mondiale.

Photos : Quelques chars allégoriques du défilé passent devant la cathédrale, rue Saint-Jean-Baptiste. À droite, la croix du jubilé de 1825. Ce monument sera déplacé et réutilisé pour devenir le monument commémoratif de l’éboulis du 12 novembre 1955.

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet

Photo J.E. Janelle.
CAR Séminaire de Nicolet
Fonds Laurent Proulx F342-A1-172

Ce monument a été installé en 1925 pour commémorer l’emplacement des 2 premières églises de Nicolet. Il est situé sur les terrains de la Défense Nationale.
Photo prise en 2009 par Lionel Fréchette.
CAR Séminaire de Nicolet
Fonds Séminaire de Nicolet F085-P13118
Texte publié une première fois le 26 juin 2019

SAINTE-ÉLISABETH-DE-WARWICK PIONNIÈRE DE L’AGRICULTURE BIOLOGIQUE ET LIEU DE NAISSANCE DU SCULPTEUR ALFRED LALIBERTÉ La ...
06/18/2026

SAINTE-ÉLISABETH-DE-WARWICK PIONNIÈRE DE L’AGRICULTURE BIOLOGIQUE ET LIEU DE NAISSANCE DU SCULPTEUR ALFRED LALIBERTÉ
La paroisse de Sainte-Élizabeth est érigée canoniquement le 2 octobre 1872 par Mgr Laflèche, évêque de Trois-Rivières. Elle est nommée ainsi en l’honneur de Sainte-Élisabeth de Hongrie, souveraine de Thuringe et patronne du tiers-ordre Franciscain, décédée en 1231. La réunion dans le but d’élire les premiers conseillers municipaux se tient le 4 juillet 1884. Cinq jours plus t**d, les nouveaux conseillers se rencontrent à nouveau, cette fois, pour élire unanimement le premier maire en la personne d’Alfred Legendre.

La principale vocation économique de Sainte-Élizabeth-de-Warwick est surtout agricole. Les nombreuses fermes laitières y côtoient les fermes aviaires et porcines, sans oublier l’élevage de bovins, de chèvres et la culture des céréales. Dès le début des années 1990, des agriculteurs respectueux de l’environnement choisissent de se lancer dans la culture biologique. Un centre d’agrobiologie voit le jour. On y effectue des recherches et dispense de cours fréquentés par les adeptes de la culture biologique en provenance d’un peu partout au Québec. À cette époque, des producteurs de Sainte-Élisabeth, conjointement avec d’autres fermiers de la région, conviennent de mettre sur le marché un fromage au lait cru nommé «l’Ancêtre ». En 2005, la famille Morin se porte acquéreur du vieux presbytère datant de 1937 afin d’y établir une fromagerie et réaliser son vieux rêve de fabriquer des grands fromages artisanaux. En 2015, l’église est transformée en salle d’affinage munie du premier robot au Canada. Depuis ses débuts, la fromagerie du Presbytère, cumule les prix d’excellence pour la qualité remarquable de ses produits.

C’est à Sainte-Élisabeth que naît, le 19 mai 1878, le sculpteur de grande renommée, Alfred Laliberté. Ce dernier est surtout reconnu pour ces modèles témoignant du terroir et du savoir-faire canadien français, faisant, en quelque sort, œuvre d’ethnologue. Afin de parfaire son art, il étudie à Montréal et à Paris. Chargé de nombreuses commandes pour la création de monuments commémoratifs, de même que de plusieurs statues pour la façade du parlement, Alfred Laliberté ne délaisse pas pour autant sa production liée au terroir et au folklore. Il exprime lui-même en ces termes la profondeur de ses racines rurales : « Je fis du terroir, parce que je suis né à la campagne. J’y ai grandi, vécu et j’ai compris le poème des champs ». Il puise dans ses souvenirs d’enfance pour reproduire la gestuelle et les attitudes de ses sculptures. L’œuvre d’Alfred Laliberté peut être admirée dans plusieurs endroits publiques et dans la plupart des musées du Québec et du Canada. Auteur de plus de 900 sculptures, sa série de statuettes « légendes, métiers et coutumes d’antan » fixe dans le bronze tout un savoir-faire qui, avant lui, est transmis oralement.

Texte: Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet
Références : Collection Paroisse Saint-Élisabeth-de-Hongrie C076/YY/10/6
Photo : Église de Sainte-Élisabeth-de-Warwick en 1977, fonds Ambroise Houle F042-E18-4
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