08/05/2026
1903 : LE GRAND INCENDIE DE MANSEAU
En cet été 2026, catastrophique pour les feux de forêt au Canada et en Europe, voici un petit rappel historique d’un incendie dévastateur qui a ravagé la région de Manseau en 1903.
L’histoire de Manseau se confond avec celle du canton de Blanford, érigé en 1823. Cette année-là, le gouvernement cède 222 lots à des miliciens de Gentilly et de Saint-Pierre-les-Becquets. Ces lots constituent l’essentiel du territoire actuel de Manseau et ses paroisses limitrophes. Les miliciens n’occuperont jamais ces lots, préférant les vendre pour la coupe de bois beaucoup plus rentable. Le véritable peuplement du territoire, lui, débute avec l’avènement du chemin de fer, à la fin du 19e siècle.
Le malheur frappe la région dès les premiers balbutiements du 20e siècle, alors qu’une série d’incendies consume, en mai 1903, une grande partie du territoire le long de la voie ferrée du canton de Blandford. Moose Park (nom que portait Manseau à l’époque) est menacé. Un train spécial transportant une trentaine d’hommes est envoyé en renfort pour combattre les incendies. Peine perdue, la densité de la fumée est telle qu’on doit se limiter à sauver les meubles et les effets personnels, tandis que les flammes consument résidences et bâtiments. Au mois d’août de la même année, un feu d’abattis incontrôlable en provenance de Sainte-Sophie-de-Lévrard détruit la gare, le moulin à scie, l’école, la chapelle des draveurs et presque toutes les autres bâtisses.
Suite à l’incendie de 1903, des colons commencent à s'établir autour du village, attirés par de modestes subventions du Ministère de l'Agriculture et de la Colonisation. Lentement, Moose Park renaît de ses cendres. Certains résidents chassés en 1903 choisissent de revenir s’établir à nouveau dans la région. Fin 1904, Moose Park compte déjà 225 âmes réparties en 45 familles. Comme la mission avait été complètement abandonnée un an auparavant suite aux incendies, le redressement est spectaculaire et ce n'est qu'une question de temps avant qu'une paroisse ne soit constituée officiellement à cet endroit.
C’est le 16 mai 1905 qu’est émis le décret d’érection canonique de la paroisse Saint-Joseph-de-Blandford et l’abbé Martial Manseau en devient le premier curé. Suite au détachement de cette paroisse en 1922, un nouveau nom s’impose. On hésite entre Manseau, en hommage au premier curé et Albertville, en honneur d’Albert Daigle représentant de la compagnie forestière Price Brothers qui développa la région. Les opinions divergent. Albert Daigle soutient que si la Price Brothers n’avait pas ouvert ces terres à la colonisation, il n’y aurait ni village, ni paroisse. D’autre part, le député fédéral Jacques Bureau, qui connaît bien l’abbé Martial Manseau, intervient en faveur de ce dernier auprès des autorités responsables des chemins de fer. Suite à sa recommandation, la décision est prise, la gare de même que le futur village porteront désormais le nom de Manseau.
Depuis quelques années, la municipalité de Manseau est reconnue pour sa production de canneberges. L’un des plus importants transformateurs au Canada de ce petit fruit, « Canneberges Atoka », y exploite cinq lignes de transformation, trois unités de congélation et un laboratoire.
Texte : Serge Rousseau. CAR-Séminaire de Nicolet
Photos : La rue Saint-Albert vers 1950, Rumsey and Co.Ltd. La cour à bois de la compagnie Savoie et Frères vers 1950, Rumsey and Co. Ltd
Références : Fonds Antonio Parenteau F192-P7-87