29/05/2026
✍🏽 Ma plume — Mme Bamba
"Il y a des nuits qu’on assume. Et d’autres qu’on comprend trop t**d.”
Il s’appelait Alex Bamba.
C’est tout ce que je savais.
Et, sur le moment, cela m’a semblé suffisant.
Nous venions de passer une nuit dense, presque irréelle. Une de ces parenthèses où l’on fait taire le monde pour n’écouter que le corps.
Je m’étais laissée porter.
Sans questions.
Sans passé.
Sans lendemain.
Dans ses bras, le temps semblait s'arrêter. Je me sentais en sécurité.
Et lui… ne m’avait pas lâchée.
— Tu sens bon, m’avait-il soufflé au creux de l’oreille, au petit matin.
Sa voix était encore chargée de sommeil. Ou de désir.
Peut-être des deux.
— J’aimerais que tu restes…
J’avais souri, doucement.
— Moi aussi... mais je dois partir. On se voit tout à l’heure, au cocktail.
Nous nous étions rencontrés la veille, lors d’un séminaire. Un regard. Puis un autre. Et cette décision silencieuse de ne pas compliquer les choses.
Il ne portait pas d’alliance.
Moi non plus.
Et cela nous avait suffi pour ne rien demander de plus.
Toute la nuit, nous avions soigneusement évité les questions. Comme si nommer les choses risquait de les abîmer.
Le moment était beau.
Il se suffisait à lui-même.
Au moment de partir, ses lèvres avaient retrouvé les miennes dans un ba**er profond. Comme s’il cherchait à prolonger ce qui déjà nous échappait.
Il ne voulait pas me laisser partir.
Moi non plus, peut-être.
Et, malgré moi…
je m’étais surprise à imaginer un peu plus.
À dix-neuf heures, j’étais prête. Ma robe rouge juste au-dessus des genoux.
Talons hauts.
Nuque dégagée.
Une allure maîtrisée.
Presque impeccable.
Comme si l’élégance pouvait effacer ce qui s’était passé quelques heures plus tôt.
À mon arrivée, Alex était là.
Il riait. Détendu.
Et à ses côtés… une femme, confiante.
Elle ne cherchait pas à exister.
Elle était déjà à sa place.
Je me suis avancée avec assurance,
naturellement comme si ma place était là.
— Bonsoir, lançai-je.
Il m’avait vue venir.
Il m’a regardée.
Une seconde.
Pas plus.
Puis il a enchaîné, sans gêne.
— Mademoiselle Koné, je vous présente Madame Bamba, mon épouse. Elle nous arrive de Dakar.
Son épouse.
Le temps s’est suspendu.
Juste une seconde.
Ou peut-être une éternité.
Ma gorge s’est serrée.
Un malaise, bref mais violent, m’a traversée.
J’ai regardé son visage à elle. Calme. Lisse.
Un visage qui ne doutait de rien.
Le mot est tombé sans effort.
Comme une évidence qui n’avait jamais eu besoin d’être cachée.
Comme si de rien n’était. Comme si cette nuit n’avait jamais existé.
Comme si je n’avais été… rien.
Et moi, debout devant eux, je souriais.
Un sourire forcé.
Courtois.
Pas un regard de trop.
Pas un mot déplacé.
Rien.
À cet instant précis, j’ai compris.
Je n’étais pas la victime de cette histoire.
Juste une participante discrète.
Une parenthèse bien tenue.
Je me suis reculée, lentement.
Sans bruit.
Comme on sort d’un endroit où l’on n’aurait jamais dû entrer.
Oui, cette nuit avait été une erreur.
Mais une erreur qui m’avait fait du bien.
Et parfois…
c’est déjà beaucoup.
Et si c’était à refaire…
je choisirais encore de ne rien savoir.
Son nom seul me suffisait :
Alex Bamba.
Triple A