Sensibilisée par une grand-mère couturière qui ne manquait pas de relever les travers de la confection d’aujourd’hui (ourlets qui se décousent rapidement, finitions bâclées, problèmes de coupe) et par une maman qui a passé son enfance dans cet univers, j’ai moi-même constaté, à regret, les nombreux défauts engendrés par une production de masse à bas coût sur mes propres vêtements. Maman d’une peti
te fille, je suis également soucieuse des effets que pourraient avoir sur sa santé l’emploi abusif de teintures et produits chimiques utilisés lors de la fabrication de ses tenues. Je décide donc, en 2015, de me lancer dans l’aventure entrepreneuriale avec pour ligne de conduite de sélectionner rigoureusement les produits qui seront vendus sous mon enseigne pour la qualité des matières, la fabrication française certifiée ainsi que le savoir-faire des fabricants. Une manière de rendre hommage à des procédés traditionnels, délaissés un temps suite aux vagues de délocalisation, mais aussi d’accompagner la clientèle dans son envie de consommer autrement, de façon plus responsable, plus éthique. En quête de nos premiers fournisseurs, mon mari et moi-même rencontrons, à ce moment-là, un créateur de tissus basque et un fabriquant d’espadrilles. Passionné par son métier, il propose des visites de son atelier pour découvrir les machines à tisser, le savoir-faire et la qualité des matières obtenues. A quelques jours d’intervalle, mon mari retrouve dans le grenier d’une tante des outils oubliés, du fil de lin datant du début du siècle, des semelles en cordes et des espadrilles non achevées. Après quelques recherches auprès de sa famille, il apprend que tout ce stock appartenait à un oncle, propriétaire de deux boutiques de chaussures à Bordeaux dans les années 50. Etonnante coïncidence : le tissu servant à produire les espadrilles vendues autrefois dans sa boutique, avait été confectionné par les arrière-grands-parents du tisserand rencontré à Mauléon. Ces anecdotes nous rappellent qu’il est possible de fabriquer et de produire en France. A nous d’inverser la tendance ou, du moins, d’agir à notre niveau pour faire connaître ces artisans au savoir-faire inestimable et ces créateurs de talent, aux idées novatrices. Il n’est pas question ici de nostalgie mais plutôt de volonté d’imaginer et de créer notre « demain ».